L’Art Déco : un joyaux saint-quentinois

Symbole historique de la ville, l’Art Déco a laissé des traces sur de nombreux monuments de la cité Pastel pour qui sait lever les yeux.

Après la guerre, à l’heure de la reconstruction architecturale mais aussi sociale, cet « art moderne » qui ne prendra le nom d’Art Déco que dans les années 60, va devenir un style de vie tourné vers l’avenir. Saint-Quentin en est considéré comme le berceau de cette technique qui se distingue notamment par les fameux Bow-Windows (avancés vitrés), dont ont peu encore en admirer la particuliarité dans les rues Croix-Belle-Porte, du Gouvernement ou encore Adrien-Nordet.

L’art déco : une histoire épineuse

L’histoire de ce véritable mouvement artistique débute par une expostion des Arts décoratifs et industriels moderne à Paris, en 1925. Même si on en voit quelques prémices avant, et pendant la guerre 14-18, notamment avec André Mare qui dessinait déjà des  croquis de soldats puis de matériaux de camouflages avec des formes géométriques qui peuvent rappeler l’Art Déco. Et que la véritable expression « Art Déco », n’apparaît — selon l’historien d’art Emmanuel Bréan — qu’en 1961 dans un article du Times. Dans les années 20 donc, où la population voulait oublier la guerre à coups de fêtes, froufous, plumes, strass… et décors floraux moulés à même les façades grâce à un nouveau matériau : le béton. Chacun voulait faire ce qui lui plaît sans que pour autant il y ait un nom à cet élan artistique.

Après la seconde guerre mondiale, l’Art Déco est déjà passé de mode. Beaucoup de villes décident de recouvrir ses traces pour être remplacé par le moderne, suivi bientôt du post-modernisme, puis du néo-classique.

Et à la cité Pastel alors ?

Du côté de la ville de Saint-Quentin, la reconstruction des monuments, commerces et habitats détruits lors du premier conflit mondial durant lequel la ville sera occupée par les Allemands jusqu’en octobre 1918, a fait venir de nombreux jeunes architectes. Les décorations florales, emblêmes de la ville ont fait leur apparition sur les façades des maisons. Le casino de la ville a été orné d’un Jean-qui-rit et d’un Jean-qui-pleure gigantesques. Ces vestiges Art Déco ont failli subi le même sort que leurs jumeaux dans d’autres communes, mais la ville axonnaise a émis la volonté de conserver ces trésors architecturaux pour en faire leur image patrimoniale.

Quelques monuments Art Déco de la cité Pastel

1. Le Carillon (Rue des Toiles) : édifice construit en 1920, et remis au goût du jour en 1931 par Adolphe Grisel, l’architecte de toutes les salles de spectacles saint-quentinoises de l’entre-deux-guerres, il a ouvert ses portes en juin 1929 à l’occasion du congrés de la Fédération Musicale de France. Les motifs floraux en béton de sa façade en font un symbole de l’Art Déco. Acquis par la ville de Saint-Quentin en 2012, le Casino devrait etre réhabilité en maison de services à la population pour 2019. Une troisiéme vie, puisqu’il avait déjà été reconvertie en magasin de meubles dans les années 70, qui devrait permettre au public de redécouvrir la grande salle de spectacle et ses joyaux cachés.

2.  Le conservatoire de musique et de théâtre (51 rue d’Isle) : alors que la petite école de musique municipale, qui occupait une ancienne boutique de la rue Raspail, est en ruine aprés la première guerre mondiale, la ville décide de confier les rennes de la construction d’un nouvel édifice à Jean-Bernard Charavel (qui a travaillé dans d’autres communes axonnaises telles que Foreste, Jussy ou encore Etreillers qu’On teste pour vous en Picardie vous fera découvrir dans de projets articles futurs), associé à Marcel Mélandès et Robert Ernault. Les bow-windows de cette nouvelle école et la géométrie de cette dernière en font un monument grandiose, malgré les remous que le conservatoire a suscité dans les années 1929.

3. La salle du conseil municipal (Hôtel de ville) : oeuvre de l’architecte municipal Louis Guindez, cette salle ornée de 41 panneaux en palissandre et chêne de Hongrie, réalisés par un ébéniste-menuisier saint-quentinois : E. Boussu, représentant les outils des différents corps de métiers ou les attributs de diverses formes artistiques. Ce n’est pas là que refléte le plus l’image de l’Art Déco, mais plutôt à travers les luminaires de cet endroit majestueux ainsi que de ces escaliers en fer forgé.

4 . Le buffet de la gare :  menuiserie en érable gris encadré d’armante verni au tampon, sols en céramique répondant en écho aux vitraux, créations du maître verrier et mosaïste Auguste Labouret, et aux murs recouverts de mosoaïques, ce monument dont l’aménagement a été confié à Urbain Cassan, est un des trésors de l’Art Déco que la ville a su remettre en valeur. Le quartier de la gare, conçus en 1919 par Paul Bigot a d’ailleurs plusieurs références à découvrir dans ce mouvement architectural et artistique.

5. La rue de la Sellerie, et les Nouvelles Galeries : entièrement reconstruite dans les années 20, cette rue expose plusieurs bâtiments Art Déco. Notamment, l’officine du pharmacien Soulairac construite en 1932 par Jules Arduin à l’angle de la rue des Toiles et de la Scellerie. Quelques pas plus loin, un médaillon entre deux boutiques actuelles (Troscane et Pimkie) donne de l’élan à une belle façade Art Déco. Juste en face, acollées à l’Espace Saint-Jacques, se dressent les anciennes Nouvelles Galeries qui ont été constuites en 1922 par Sylvére Laville.

Un peu plus loin, les anciens grands magasins Seret de 1910, qui ont été reconstruits à l’identique en 1923 aprés les bombardements. L’armature métallique aparente ornée de céramique et surmontée d’un dôme donne la réplique à l’ancien magasin de quincallerie, juste en face, répondant au projet de Jules Arduin.

D’autres lieux sont à découvrir au coeur de la ville, dont les bâtisses de la rue de Lyon avec la fameuse façade du Bar de Lyon dessinée par Victor et Roger Brun en 1924, ou encore La Poste, construite en 1929 à l’emplacement de la maison natale de Maurice Quentin La Tour. La rue de la Sous-Préfécture, la rue des Patriotes et la rue Voltaire ont également des traces Art Déco à dévoiler aux yeux des curieux. Pour ceux qui désirent en connaître un peu plus sur l’histoire riche de l’Art Déco à Saint-Quentin, des visites avec audioguides sont proposées par l’Office du Tourisme. Merci à la Société Académique pour leur contributions.  D’autres volets à venir sur les villages « Art Déco » de l’Aisne.

 

Manon Capelle

Crédit photos © Les Lueurs d’un Instant – Julien Sarrazin
Crédits vidéo © Direction du Patrimoine de Saint-Quentin

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